Interview avec The High Reeds

Interview avec The High Reeds

A l'occasion de la sortie de l'album Stand Firm, nous avons posé quelques questions à Christophe Rigaud, chanteur de la formation lyonnaise.

Auteur : Ben Peronne
Publié le 09 mars 2020

Quelle est l’origine de votre nom “The High Reeds” ?

Les High Reeds sont les hauts roseaux. C’est d’une part une symbolique qui me plaisait parce que c’est un végétal que l’on retrouve beaucoup en Méditerranée, où j’ai des origines. Et d’autre part, c’est un clin d’oeil à la fable de La Fontaine qui dit que sous la tempête, le chêne toise un peu le roseau, et puis le chêne finit par casser. Alors que le roseau, il peut plier mais il ne casse jamais. C’est une façon de dire que ça fait pas mal d’années qu’on est dans la musique et malgré les hauts et les bas, on est toujours là ! Toujours prêts à aller de l’avant, même si parfois on plie, on ne peut pas casser.


Comment vous êtes-vous rencontrés tous les quatres ?

Ca faisait déjà dix ans que je faisais du reggae avec plusieurs groupes, notamment un, qui s’appelait Djalemba et c’est au sein de cette formation que j’ai eu l’occasion de rencontrer Yao, notre bassiste et chanteur actuel. On a fait un boeuf et ensuite on s’est retrouvé autour de son projet qui s’appelait Yao Kan. On a fait ça ensemble pendant quatre ans. Et quand j’ai monté mon projet solo en 2009/2010, c’est là qu’on s’est réuni autour de mes compositions cette fois. C’est depuis ce temps là que ça dure, depuis le premier EP qui est sorti en 2012.

Le claviériste actuel est nouveau dans le groupe puisqu’il est arrivé il y a un an.


Peux-tu nous dire ce qu'est le “Blue Reggae” ?

Blufunk is a fact

Le Blue Reggae, c’est tout simplement le nom qu’on a donné à notre style qui est donc du reggae avec une petite touche originale de soul, de jazz, de groove et de différentes textures... Un peu musiques du monde aussi.

Le bleu, c’est une couleur qui fait penser évidemment au blues et au jazz, mais c’est aussi un clin d’oeil à Keziah Jones qui dans les années 90 avait sorti un album qui s’appelait Blufunk is a Fact. C’était sa façon de dire qu’il faisait de la funk, mais à sa façon. Voilà pourquoi on appelle notre style : Blue Reggae.


Peux-tu nous parler un peu de Earl Wonder et du label Ka Records ?

Quand j’ai démarré mon projet solo en 2009, je tournais dans les bars en guitare-voix et parallèlement, il y avait un label lyonnais de Reggae Roots qui s’est monté, les gars du label avaient pour objectif de travailler avec des chanteurs locaux. Ca leur a bien plu comment je chantais et ils étaient dans un vibe très anglo-saxonne et jamaïcaine. Ils voulaient donner des pseudonymes absolument à tout le monde. Ce pseudonyme - Earl Wonder - c’est eux qui me l’ont trouvé parce que c’était un clin d’oeil à Earl Sixteen ou Earl Zero… Je ne sais plus… Parce que c'est un gars qui est assez grand par la taille et aussi un clin d’oeil à Stevie Wonder parce qu'évidemment j’ai des influences aussi chez Stevie Wonder et donc voilà, j’ai fait quatre ou cinq singles su ce label Ka Records qui était vraiment très très roots. C’était entre 2010 et 2012. Ensuite, ce label a cessé d’exister parce que le leader s’est reconverti dans la soul/new soul, sous le nom de John Milk. Il habite actuellement à Paris et il fait du bon son.



Tu as déjà voyagé en Jamaïque. Quel est ton meilleur souvenir de ce voyage ?

Le meilleur souvenir, c’est pas évident, il y en a eu plusieurs. Je dirais que c’était ma session live acoustique au studio Harry J parce que c’est un studio mythique, donc le fait de me faire enregistrer là-bas, de pouvoir jouer sur la batterie de Sly, de voir l’orgue qui a servi pour enregistre le titre No Woman No Cry, voir les flight cases des Wailers à l’intérieur de ce studio et pouvoir chanter et jouer dedans, c’est quelque chose de très fort.

Je garde aussi en tête quand je suis monté à Nine Miles, le village de Bob Marley, à côté de sa petite maison là où il est né, où il a grandi… avec le vent dans les arbres… comme on dit c’est le natural mystic qui était très fort à ce moment là.


L’album s’intitule Stand Firm, tenir bon en français, il s’agit d’une forme de résistance donc. Contre quoi êtes vous en résistance aujourd’hui ?

Stand Firm par The High Reeds

Premièrement et c’est un peu ça que dépeint la pochette de l’album de façon symbolique, on est en résistance contre la propagande massive des grands médias qui assènent aux gens une façon de penser… C’est vraiment un entonnoir dans lequel tout le monde ou est dirigé. Tout le monde ou presque est conditionné par les grands médias de masse. On part du principe que c’est parce qu’on le dit à la télé que c’est vrai. Alors qu’on sait très bien que les instituts de sondage sont tronqués, on sait très bien que les grands médias sont tenus par des grands milliardaires, des lobbyistes qui font toujours en sorte de faire ressortir ce qu’ils ont envie de faire ressortir et qui font toujours en sorte de montrer du doigt les personnes qui finalement se retrouveront déstabilisés alors que c’est peut être ces mêmes personnes qui pourraient proposer du changement. Je pense notamment à Juan Branco qui a essayé de faire bouger les choses et qui se fait complètement fustiger. Donc voilà, on dénonce pas mal de choses dans cet album.

Avec le titre Stand firm, on dénonce le fait que dans les grandes villes, il y a beaucoup de gens qui sont laissés pour compte et qui se retrouvent à la rue. Dans Under The Storm, on dénonce aussi la situation des migrants. L’Occident a généré des guerres et des conflits pour du pétrole et des ventes d’armes, et ensuite on s’étonne que ces gens fuient ces horreurs dont on est complice et dont on est aussi quelque part les créateurs. On s’insurge contre ça.

S'il fallait retenir une chose, ça serait : tenez bon, restez ferme dans vos convictions, et ne vous laisser pas embobiner par les grands médias qui cherchent à conditionner les individus.


Sur le titre “Stronger Than Lies”, Djo intervient en tant que Dub Poet. Un style bien singulier adopté par des artistes comme LKJ ou Oku Onuora. Qu’est ce que la Dub Poetry représente pour vous ?

Avec la permission de Djo, je vais répondre à sa place, on en avait déjà discuté. Djo aime beaucoup ce style et ça lui va très bien avec sa voix grave. Ce style qui est un peu finalement l’ancêtre du hip-hop, le spoken-word, le fait de poser des mots avec une voix grave et très assise, ça renforce la densité du message et c’est pour ça que c’est un style qui est très intéressant et Djo envisage de persévérer et de développer ce style-là un peu plus à l’avenir.



Vous avez déjà eu l’occasion de partager la scène avec de nombreux artistes internationaux de Reggae. A ce jour, quelle rencontre a été la plus mémorable pour vous ?

Oui, c’est vrai que depuis que l’on tourne avec le groupe, on a fait pas mal de premières parties pour des grands artistes jamaïcains comme les Congos, les Wailers, Max Romeo, Clinton Fearon, Morgan Heritage, Anthony B, Toots & The Maytals ... Mais la plus marquante... Non, j'en donnerai deux...

D’une part, Max Romeo. On a fini dans sa loge en train de chanter avec lui War Ina Babylon, c’était incroyable. Il s’est mis à chanter à fond, il secouait ses locks, il était à fond-à fond-à fond alors qu’il venait de faire une heure et demi de concert et qu’il était fatigué. Il s’est mis à chanter et au bout de cinq secondes, il est parti à fond… C’était incroyable de sentir l’aura de ce géant du reggae qui remplit toute la pièce. C’était vraiment une leçon de vibe.

La deuxième, c’est Clinton Fearon qui est d’une humilité incroyable, d’une gentillesse infinie et à la fin de son concert dont on avait fait la première partie, c’était en 2017, il est venu nous voir. Il nous a dit qu’il avait vraiment bien aimé ce qu’on faisait parce que c’était solide musicalement et au niveau du binôme basse/batterie qu’il avait vraiment senti quelque chose de solide et une belle osmose entre le batteur et le bassiste. Alors il s’est mis au milieu et il a pris le batteur et le bassiste par le cou et il leur a dit à tous les deux : "vous êtes vraiment ensemble et c'est ça dans le reggae qui est important". C’est un bon souvenir. On était très flatté.


Quels sont les artistes qui vous inspirent le plus quand vous composez ?

Alors quand on compose, je dirais que on ne calcule jamais rien, mais ce qui ressort naturellement c’est les artistes qu’on a beaucoup écouté.

Dans les influences, je dirais que le bassiste Yao est beaucoup influencé par Family Man et Robbie Shakespeare, mais surtout Family Man. En ce qui me concerne, c'est Black Uhuru au niveau du basse/Batterie et des chanteurs comme Dennis Brown ou bien Don Carlos, ou dans un autre style, Stevie Wonder. Et évidemment Bob Marley et puis il y en a tellement d’autres...


Sur certains titres de l’album Stand Firm, on peut ressentir l’influence d’Harrison Stafford (leader du groupe Groundation) un des plus illustres représentant du reggae-jazz. Quel regard avez-vous sur sa musique ?

Pour l’influence d’Harrison Stafford ou en tous cas la couleur vocale, c’est Yao le bassiste et deuxième chanteur avec sa voix éraillée pleine de densité et de bouteille… Yao, c’est un ancien du reggae qui chante avec conviction le reggae depuis le début des années 90. Et c’est vrai qu’on a souvent dit qu’il y avait une similitude…

Alors Harrison Stafford, ce qu’il a fait avec Groundation c’est intéressant parce qu’il a amené un reggae-jazz vraiment très musical et qui venait un petit peu contrebalancer le côté simplement new roots qu’on pouvait voir à partir des années 2000 qui était déjà un beau revival par rapport à toute la période dancehall de la fin des années 90. Mais ce new roots là, il était souvent sur les mêmes schémas de riddims et il a réussi à amener quelque chose de très instrumental. J’aurais jamais pensé que le public européen puisse être complètement fan de titres de reggae qui durent dix minutes avec un solo de trombone qui dure deux minutes, et il a réussi à faire ça, donner quelque chose de très musical dans le reggae.


La saison des festivals va reprendre avec l’été, aurons-nous l’occasions de vous retrouver sur scène cet été ?

Pour la saison des festivals, c’est pas évident de répondre parce qu’entre les options qui ne sont pas encore finalisées et celles dont on nous a dit qu’on ne pouvait pas encore dévoiler les dates, je ne peux pas vraiment donner de réponses claires. Par contre, je peux vous inviter à liker notre page facebook? Ca nous aide bien à nous faire connaître et à gagner en crédibilité vis-à-vis des programmateurs. Et ça permet à chacun de pouvoir être tenu au courant de notre actualité et des dates qui seront bientôt annoncées.

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