Sound system : un héritage, une révolution à la française

Pour comprendre l’aura des sound systems français, un détour par l’histoire s’impose. Né en Jamaïque dans les années 1950, le sound system débarque à Londres dans les seventies, puis explose en France dans les années 1990, notamment sous l’impulsion du mouvement free party. Rapidement, une poignée de crews relève le défi : faire vibrer les foules sur du reggae, du dub, du digital et même du dancehall, dans un esprit DIY.

Qu’est-ce qu’un sound system aujourd’hui en France ?

Fini le temps du simple sound system à l’ancienne, uniquement centré sur le “selecta” et le “toaster”. Désormais, l’expérience comprend :

On assiste à une montée en gamme de la professionnalisation, mais l’esprit reste celui d’origine : partage, exclusivité, session live unique, système D et passion à fond.

La crème de la crème : les sound systems français influents en activité

Nom du sound system Ville Date de création Spécificité / Anecdote
O.B.F Sound System Genève / Haute-Savoie 2000 Fer de lance du "Heavyweight Dub", pionnier sur la scène européenne, collaborations internationales
Legal Shot Rennes 2000 Collection de dubplates unique, ambassadeur du digital et du dancehall, liens forts avec la Jamaïque
Stand High Patrol Brest 2000 Créateur du "Dubadub", performances lives ovniesques, graphisme et univers visuel distinctifs
Irie Ites Le Mans 1999 Organisation du Reggae Sun Ska, producteur prolifique, line up reggae international
Red Lion Lyon 2004 Sound & label incontournable, promoteur de la scène roots et reggae dub

O.B.F Sound System : la heavy machine de l’Hexagone

Impossible de passer à côté. O.B.F (Original Bass Foundation), c’est la puissance incarnée, un crew emmené par Rico qui ne cesse de faire trembler les murs depuis plus de 20 ans. Leurs productions, aussi à l’aise avec les MC’s UK (Charlie P, Shanti D, Sr. Wilson…), s’exportent partout. Leur sono homemade (plus de 25 kilowatts à l’époque du plan “full stack”) est une légende elle-même, plusieurs fois démontée, upgradée, trimballée sur toutes les routes d’Europe.

Legal Shot : la connexion directe Jamaïque–Bretagne

Région BZH, Massive ! Avec sa sono colorée et ses sessions endiablées, Legal Shot symbolise l’ouverture : dancehall, digital, roots, rien ne leur résiste. Leur force ? Des voyages incessants en Jamaïque pour ramener des dubplates exclusifs, avec des voix mythiques comme Capleton, Beenie Man ou encore Johnny Osbourne. Legal Shot, c’est aussi le dancehall au micro, des organisateurs redoutés de la Dancehall Area du No Logo Festival (Côte d’Or), ou d’événements mémorables à l’Ubu à Rennes.

Stand High Patrol : l’école du son mutant

Stand High Patrol, c’est l’insolite, le “Dubadub” à la brestoise : une formule qui mélange dub digital, hip hop, jazz, steppa, et même une touche pop. Pépite de créativité menée par Pupajim, Merry et Rootystep. Stand High, c’est un univers à part, qui s’exprime aussi bien avec un sound system raisonnable qu’avec le “Format Club” écumant les salles françaises et européennes.

Irie Ites Sound : entre tradition roots et ambition internationale

Basé au Mans, Irie Ites défend la bannière roots anglaise et jamaïcaine avec rigueur et constance, mais affiche depuis 10 ans une vraie puissance sur la prod. Connus pour des soirées mythiques, ils ont aussi fait venir des légendes comme Max Romeo, Michael Prophet, ou Johnny Clarke. Leur influence sur la filière festival (Reggae Sun Ska, Reggae Session…) est massive.

Red Lion Sound : la vitalité lyonnaise

Red Lion, c’est un goût de la sono roots qui décape et qui groove. Véritables activistes depuis 2004, ils organisent la mythique “Dub Echo” au Transbordeur à Lyon, parfois devant 1 500 personnes. Le label Red Lion Records, fondé en 2010, a permis d’éclore des artistes comme Will Tee, Marcus Gad ou encore Von D.

Panorama d’autres acteurs majeurs et nouveaux venus qui montent

Difficile de ne retenir qu’une poignée de noms pour représenter toute la dynamique du sound system français. Petite sélection complémentaire de crews en activité (plus ou moins anciens, tous influents) :

Le sound system français à l’international : une reconnaissance affirmée

La French Dub Touch, ce n’est plus un mythe. Plusieurs crews cités ici jouent régulièrement en Angleterre, en Espagne, au Portugal, ou encore à l’Outlook Festival en Croatie. Legal Shot et O.B.F mêlent dancehall et dub dans les plus gros soundclashes (allant jusqu'à la victoire face à certains sounds anglais en clash). Stand High Patrol ou Irie Ites jouent même des inédits avec des MCs UK/US, ou programment des sessions live-stream mondiales (YouTube, Facebook).

Une étude menée en 2021 pour l’Observatoire de la Musique indiquait que le dub et les musiques électroniques d’influence reggae représentaient près de 12 % des ventes de vinyles “underground” en France pour l’année 2020, portées en grande partie par les productions de ces mêmes collectifs. Une dynamique qui se ressent jusqu’au Japon, à la Réunion ou au Canada.

L’avenir : nouvelles vibes et transmission

L’influence des sound systems français ne se mesure pas seulement en kilomètres de câbles ou en basses par minute : c’est aussi la formation de la relève. Beaucoup (Stand High, Red Lion, Dub Addict…) organisent des ateliers, ouvrent leurs racks et racks de machines en open studio, prêtent ou louent leur sono à des petits crews, et s’investissent dans la programmation de scènes “rising sounds” lors des festivals.

À signaler : en 2023, le Dub Camp Festival en Loire-Atlantique a engrangé plus de 18 000 visiteurs sur 4 jours, un record pour un événement 100% sound system en France — la preuve d’un engouement qui ne faiblit pas.

Plus qu’un phénomène, une onde de choc reggae à la française

De l’énergie brute dans les subs, de la passion à chaque coin de session, et un art de la débrouille qui n’appartient qu’à l’Hexagone. Les grands noms du sound system français n’en finissent plus de façonner l’Europe des basses, mélangeant influence UK, héritage roots, et identité locale. Leur plus grande force : avoir inscrit la culture sound system dans le patrimoine musical populaire, partout en France — et ça, ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Sources : Reggae.fr, La Boutique du Reggae, Observatoire de la Musique, sites officiels des crews cités, interviews France Inter “Reggae Special”, DJ Mag France

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